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Tout savoir sur la norme IATA NDC

Thierry Gaillard

Thierry Gaillard - 27 avril 2018

Découvrez l'essentiel de la New Distribution Capability, la norme IATA NDC qui devrait représenter 20% des ventes en 2020, 50% en 2023 et 100% à l'horizon 2025. Pourquoi, comment et de quelle manière ce nouveau protocole va permettre de mieux travailler et de mieux satisfaire les clients ?

Histoire de la distribution des compagnies aériennes

La manière dont les compagnies aériennes ont réussi à développer leurs ventes depuis la fin de la seconde guerre mondiale est remarquable. Jusqu'aux années soixante, elles géraient leurs inventaires manuellement. Une fiche cartonnée servait à noter chaque vol et à enregistrer la liste des passagers associée. On centralisait l'ensemble des fiches, et donc la gestion des vols, dans un « tambour » appelé « Cardex ». Les compagnies aériennes transmettaient les fiches à l'aéroport en utilisant le telex, tandis que les agences de voyages téléphonaient aux compagnies aériennes pour réserver les vols de leurs clients avant d'émettre des billets papiers manuellement...

À partir de 1968, les compagnies aériennes firent l'acquisition d'ordinateurs afin d'informatiser leurs méthodes de travail. Elles développèrent leurs propres logiciels de réservation, appelés Computer Réservation System (CRS) qu'elles installèrent aussi bien dans les agences de voyages de leur pays que dans leurs propres points de vente. En France par exemple, Alpha 3 développé par Air France était alors le système informatique des agences de voyages. Grâce à cela, la liste des passagers (PNL) parvenait aux aéroports par transmission informatique.

L'inconvénient de ces systèmes, c'est qu'ils ne permettaient d'avoir accès qu'à une liste restreinte de compagnies aériennes. Du coup, à la fin des années quatre-vingt, elles créèrent les GDS (Global Distribution System). Grâce a eux, les agences de voyages disposèrent de la totalité des vols, sièges et tarifs afin de proposer une offre exhaustive, neutre et centralisée pour en faciliter la recherche. La neutralité était garantit par le fait que les compagnies aériennes payaient pour être distribuées via les GDS. Le système avait pour avantage décisif qu'en formant les futurs agents de voyages à un seul outil, on garantissait de pouvoir vendre tout le monde. Ce système, qui permit de développer et démocratiser l'accès aux voyages au plus grand nombre, fonctionne encore aujourd'hui dans les principaux pays de monde.

Au cours des années deux-mille, les principales compagnies aériennes basculèrent leurs inventaires de vols dans le Passenger Service System créé par Sabre et Amadeus. En même temps, internet commença à devenir un canal de vente de plus en plus important. Ceci amena les compagnies aériennes a créer leurs propres sites internet en utilisant, entre autres, les langages XML, HTML et CSS. Aujourd'hui, les transporteurs aériens commercialisent leur offre de deux manières : en direct via leurs sites internet et leurs applications mobiles sous HTML et XML ou via les agences de voyages qui utilisent encore les GDS sous Edifact.

Edifact versus New Distribution Capability

Dans les années soixante, les compagnies aériennes créèrent ATPCO (Airline Tariff Publishing Company), une plate-forme de données gérant la quasi totalité des tarifs des compagnies aériennes. Puis, dans les années quatre-vingt, ce fut le tour des GDS. Ils utilisent la norme Edifact, édifiée par les Nations Unies à la fin de la seconde guerre mondiale, pour communiquer avec les autres systèmes informatiques. Cette norme présente l'avantage d'être fiable, stable et rapide. En revanche, elle présente aussi l'inconvénient d'afficher sur les écrans d'ordinateur uniquement des caractères alpha-numériques sous forme de codes qui rendent la lecture rébarbative et terriblement technique. Les vols sont présentés de manière sommaire et correspondent aux standards informatiques des années quatre-vingt. Les notes tarifaires sont souvent longues, répétitives et en anglais. Il est compliqué de vouloir vendre des services associés. Il est impossible de mettre des photographies ou des vidéos pour illustrer le voyage et le rendre attrayant. Il est même difficile d' ajouter des liens vers d'autres sites internet.

À contrario, la norme NDC s'adosse au XML, un langage de balisage générique validé par le W3C depuis le 10 février 1998. Autant dire qu'il ne s'agit pas vraiment d'une innovation informatique récente ! Son objectif n'est pas de donner des ordres séquentiels à l'ordinateur comme le ferait un langage de programmation (Java, C++, etc.) mais tout simplement de faciliter les échanges de données entre machines.

  • Balisage signifie qu'il permet de mettre en forme la publication de documents structurés se prêtant à un traitement automatisé ;
  • Générique signifie que le développeur peut créer ses propres balises rendant ce langage flexible et léger.

XML permet de baliser des données pour les rendre compréhensibles aussi bien par les humains qui écrivent des textes que par les machines qui les échangent. Or, aujourd'hui, si les sites internet utilisent bien le langage HTML et les applications le langage XML, ils le font sans normes ou règles communes. Lorsque ces canaux veulent communiquer avec ceux d'autres compagnies aériennes ou d'autres fournisseurs de services, cela nécessite le développement de solutions informatiques coûteuses. La norme NDC est un protocole basé sur le langage XML qui leur permettra de parler un langage commun afin d'échanger automatiquement et à moindre coût.

Dans un monde où vendre seulement du transport aérien ne rapporte plus grand-chose, les compagnies aériennes développent désormais la norme NDC qui sera distribuée via des API. Beaucoup d'acteurs comme les agences de voyages pourront se connecter à ces API afin d'avoir accès aux flux des compagnies aériennes et les distribuer de manière plus efficace. Les réservations seront faites directement dans les systèmes des compagnies aériennes. Ainsi, elles sauront en temps réel, qui réserve quoi, combien de temps, en combinaison de quels produits, à quelle fréquence, etc. Les tarifs ne dépendront plus de classe de réservations segmentées sous forme de lettre de l'alphabet mais pourront être individualisés et personnalisés à l'infini.

Quels sont les avantages de la norme NDC ?

Les compagnies aériennes vont devoir d'une part, basculé leur inventaire actuellement géré sous Edifact vers XML et d'autre part, créer des API afin de communiquer leurs offres avec leurs partenaires (agences de voyages, moteurs de recherches, etc). Cela prendra du temps ce qui explique pourquoi Air France n'est pas encore prête malgré l'échéance du 1er avril 2018. Mais à terme, les gains pour tous les acteurs de la filière sont importants :

  • Les compagnies aériennes : en normalisant leurs échanges avec leurs distributeurs et partenaires, elles vont faire des économies en communiquant l'ensemble de leur catalogue à tous les acteurs (Google, métamoteurs, agences de voyages, etc) grâce à un protocole unique contre plusieurs aujourd'hui. Elles personnaliseront de manière très fine chacune de leurs propositions en utilisant les données clients pour répondre à leur besoin grâce au Dynamic pricing. En fonction de leur stratégie de commercialisation, Les compagnies pourront soit déconstruire leur offre packagée pour vendre chaque prestation séparément (siège, repas, accès aux salons, etc) soit mieux mettre en valeur les différents avantages de leur package. Elles pourront aussi, et c'est un point non négligeable, proposer des services complémentaires comme des locations de voiture ou des nuits d'hôtel pour assembler des offres complètes de séjours et non plus vendre uniquement du transport aérien. De ce point de vue, le récent partenariat entre Air France et Booking illustre de belle manière ce point essentiel.
  • Les agences de voyages : même si cette évolution importante du secteur va leur demander de s'adapter, de se former et de remettre en question leur modèle d'affaires, la mise en place de la norme NDC est globalement une bonne chose pour elles. Comme aujourd'hui, elles auront toujours accès à l'offre intégrale des compagnies aériennes. Mieux qu'avant même, puisqu'elles pourront aussi proposer et vendre des produits annexes (wifi à bord, accès aux salons, etc). Elles vont enfin, sans avoir à ré-organiser les informations, pouvoir montrer de manière claire et ludique les produits et services achetés par leurs clients. En proposant des vidéos, des photos et des explications qui rendront les produits plus attractifs. Et surtout, cela leur permettra de proposer une offre ultra personnalisée où le client saura exactement ce qu'il achète et à quel prix. Les agences dotées de la technologie seront également en mesure de se connecter directement aux systèmes de certaines compagnies aériennes. En se libérant de l'aspect (trop) technique du métier, leurs équipes vont pouvoir consacrer beaucoup plus de temps à conseiller leurs clients qui auront de plus en plus besoin d'elles pour choisir parmi une offre protéiforme et surabondante. Leur capacité à connaître et à comprendre leurs interlocuteurs, à faire preuve de transparence et de pédagogie seront les facteurs clef de succès de demain. Par ailleurs, la norme NDC leur permettra de continuer à bénéficier du BSP, c'est à dire du paiement centralisé.
  • Les clients : ils auront accès à une offre plus personnalisée, plus transparente et plus détaillée même si le dynamic pricing risque de rendre la comparaison des prix encore plus difficile. Toutes les études montrent aujourd'hui que les clients se plaignent de l'opacité des tarifs aériens, des frais qui s'y rajoutent alors que les prix d'appel sont bas. La norme NDC mettra à leur disposition une information extrêmement fine et précise leur permettant de choisir le niveau de service qu'ils sont prêts à payer. Fini la même offre pour tout le monde !

Quel avenir pour la distribution avec la norme NDC ?

Concernant les GDS, de nouveaux compétiteurs technologiques comme Openjaw, Farelogix ou Datalex vont entrer dans la danse et les concurrencer. Le cash-machine de ces trente dernières années risquent donc de se tarir. Mais selon moi, dans ce contexte de transformation radicale du modèle de vente, les GDS resteront incontournables pour regrouper au sein d'une même plate-forme (ex : Live Travel Space d'Amadeus) les API des différentes compagnies aériennes, les flux directs en provenances des prestataires (compagnies aériennes, low-cost, hôtels, etc) et les réservations faites par l'ancien système Edifact qui ne disparaîtra pas totalement. Qui mieux que les GDS avec leur expérience et leur savoir-faire pour répondre de manière fiable et rapide aux besoins technologiques de plus en plus prégnants ? Ils vont devenir des agrégateurs de contenus qu'ils mettront à disposition de tous les opérateurs de voyages souhaitant distribuer des produits aériens, hôteliers, etc.

En ce qui concerne les agences de voyages, la stratégie initiée par Lufthansa et IAG ainsi que par Air France consistant à facturer des frais supplémentaires pour les réservations faites via GDS ou bien les incentive mis en place par American Airlines pour promouvoir les ventes via leur site internet sont un signal fort envoyé aux acteurs de la distribution : « nous ne voulons plus payer pour le simple fait que vous distribuiez nos produits ! ». Les agences de voyages devront donc développer un nouveau modèle d'affaires où le conseil, la pédagogie, la réassurance et la capacité à rendre l'offre compréhensible et accessible seront payés par le client. De plus, elles devront négocier avec les fournisseurs pour obtenir des rabais importants (sur volume, progression des ventes ou des parts de marché, etc) afin d'avoir un réel avantage concurrentiel. Le savoir-faire en matière de négociation va devenir une compétence très recherchée...

Enfin, en ce qui concerne les compagnies aériennes, elles sont les principales gagnantes de la mise en place de la norme IATA NDC puisqu'elles prennent le contrôle de leur distribution. Elles pourront proposer en temps réel ce qu'elles veulent à un aréopage de canaux de distribution : la vente directe bien sur, les agences de voyages, les Travel Management Company mais aussi Google, les méta-moteurs de recherche de type Kayak, des prestataires partenaires (Booking pour Air France par exemple). Et tout cela avec un seul flux de données !

Dans un monde où les clients pourront demain réserver un avion, un hôtel ou une prestation touristique de manière rapide et fiable juste en conversant avec un assistant vocal de type Google Home, Alexa d'Amazon, ou Siri d'Apple, la vente toute simple d'un billet d'avion sans conseils ou services associés a-t-elle vraiment un avenir ?

La norme NDC va clairement dans le sens de l'histoire, celui de l'automatisation d'une part, et de la personnalisation d'autre part. Entre nous, l' informatique des GDS était quand même devenue obsolète dans un monde technologique qui fait la part belle à la blockchain et à l'intelligence artificielle. Non ?

Ressources complémentaires sur la norme NDC